vendredi 12 août 2022

L’inflation, d’où vient-elle, et à qui profite-t-elle ?

mercredi 2 février 2022

L’inflation est un terme générique pour parler de l’augmentation générale du niveau des prix. Pour bien comprendre l’inflation il est important de s’intéresser à ses causes, et l’inflation peut avoir des sources très différentes.

Schématiquement, l’inflation peut donc venir d’une modification de l’offre ou bien de la demande en régime capitaliste.

L’inflation suite à un choc d’offre

L’inflation peut s’expliquer par une augmentation des coûts de production. Parmi les coûts de production, on peut notamment citer les matières premières, le coût des machines, le coût du transport.

L’exemple du choc pétrolier de 1973 est certainement le plus frappant. Durant cette crise, les prix du pétrole ont quadruplé en quelques mois. Or, le pétrole est, et l’était encore davantage à cette époque, une matière première nécessaire à la production de nombreux produits et est une composante majeure des coûts de transports.

L’augmentation des prix du pétrole fin 1973/début 1974 s’est traduite très directement en France par une inflation de 13,7% en 1974 puis 11,8% en 1975 soit 27,1% en 2 ans.

L’offre peut aussi être modifiée du fait de conditions de production perturbées. C’est ce qu’on a pu voir avec la crise Covid. Sans même parler de prix, de nombreuses usines, notamment dans les pays asiatiques, ont été mises à l’arrêt pendant des semaines du fait des confinements. Pour certains produits comme les composants électroniques, l’Asie produit une part essentielle de la production mondiale. L’arrêt de leurs usines a donc provoqué des pénuries qui sont encore d’actualité pour certains composants. La rareté de ces produits a donc fait grimper leur prix. TSMC, le leader mondial des composants électroniques a ainsi indiqué que ses prix allaient augmenter de 10 à 20% [1].

Aujourd’hui, nous assistons donc à la conjonction de ces deux phénomènes, le pétrole est quasiment à son plus haut niveau depuis 2014 et de nombreuses productions ont été impactées par les restrictions sanitaires, ce qui a fortement contraint l’offre.

L’inflation liée à l’évolution de la demande

Il est possible que les prix augmentent du fait d’une augmentation soudaine de la demande et d’une demande supérieure à l’offre. En effet, les capacités de production mettent toujours un minimum de temps avant de pouvoir s’adapter. Il est donc possible qu’à court terme

il y ait une demande supérieure aux capacités de production. Dans ce cas, les entreprises peuvent se permettre d’augmenter leurs prix sans que cela n’ait de répercussion sur leurs ventes.

Au niveau microéconomique, on a eu l’exemple du prix du gel hydroalcoolique dont le prix avait atteint des sommets au début de la crise sanitaire, avant que le gouvernement ne fixe un prix maximum. Cela s’expliquait par une demande très importante quasiment du jour au lendemain et une capacité d’offre inadaptée au contexte sanitaire.

Au niveau macroéconomique, on a pu assister à une inflation due à l’augmentation de la demande aux États-Unis. En effet, pour faire face à la crise sanitaire et économique, le gouvernement américain a distribué des chèques de 1 400 dollars à chaque personne gagnant moins de 75 000 dollars par an. Cela, conjugué à une plus forte épargne pour certains ménages pendant le confinement, a fortement stimulé la consommation et notamment celle de biens durables (ce qui était le but recherché).

Cela a permis aux États-Unis de connaitre une forte reprise, avec comme contrepartie une inflation importante de 6.8% en novembre 2021.

L’évolution des prix comme reflet d’un rapport de forces

L’évolution des prix dépend forcément des conditions dans lesquelles se trouvent les entreprises qui déterminent ces prix.

Par exemple, du fait de la libéralisation du marché agricole, les agriculteurs ont perdu toute capacité de fixer eux-mêmes leur prix de vente et sont même parfois contraints de vendre à perte. Ils pourront donc difficilement décider de répercuter une hausse de leurs coûts de production sur le prix de vente, notamment à cause de la pression exercée par la grande distribution qui est leur principal débouché.

A l’inverse, des grosses entreprises dont les produits sont prisés vont pouvoir augmenter leur prix sans problème sans que cela n’impacte leur vente. C’est ce qu’on appelle un pouvoir de marché.

Ainsi, si les coûts de production augmentent comme c’est le cas en ce moment, les entreprises qui peuvent se le permettre vont augmenter leur prix dans le seul but de maintenir leur taux de marge. De la même façon, si le demande est très importante, elles vont augmenter leur prix pour augmenter là encore leur taux de marge.

Plus le rapport de force est en faveur du capital par rapport au travail, plus les entreprises peuvent compresser les salaires pour compenser l’augmentation des autres coûts de production et préserver leurs marges sans avoir à augmenter leur prix.

Ainsi, généralement, plus le pouvoir de négociation des salariés est fragile, plus l’inflation est faible et plus le niveau des profits est élevé.

Quelle inflation aujourd’hui en France ?

En décembre 2021, l’inflation en France est estimée par l’Insee à 2,8% sur un an. Près de la moitié de ces 2,8% provient directement de l’augmentation du prix de l’énergie (carburants, électricité, gaz). En effet, l’énergie a vu son prix augmenter de 18,6% en un an. Comme on l’a dit plus haut, l’énergie est un coût de production important pour de nombreux produits mais également pour le transport, important en France puisque nous importons une forte part des biens que nous consommons.

On retrouve donc une augmentation importante (3,3% en un an) du prix de produits frais. Pour conserver la fraicheur des produits, qu’ils soient importés ou non, ces produits sont transportés rapidement avec des moyens de transports très consommateurs de carburants et donc très sensibles aux hausses de prix.

L’augmentation des coûts s’est aussi répercutée sur le prix des produits manufacturés (+1,1% sur un an) et le prix des services (+1,8% sur un an), dans une moindre mesure pour le moment. Les services sont moins soumis aux variations de prix de l’énergie, il y a donc d’autres facteurs qui expliquent cette augmentation de 1,8%.

De manière générale, on peut dire que l’inflation que l’on connait en France trouve sa source dans l’augmentation des prix de l’énergie, qui se répercute petit à petit sur les prix de l’ensemble des biens et services. Les pénuries expliquent aussi la hausse des prix dans des secteurs spécifiques comme la construction.

A qui profite l’inflation ?

Pour simplifier, l’inflation profite aux agents (entreprises, ménages, État) qui sont endettés à taux fixe. En effet, puisque la monnaie d’hier vaut moins que celle de demain [2], en termes réels, on a moins à rembourser que ce qu’on a emprunté.

Exemple : J’emprunte 100€ aujourd’hui et je devrai rembourser 101€ dans un an. Aujourd’hui la baguette de pain vaut 1€, c’est comme si je devais rembourser 101 baguettes de pain dans un an. S’il y a 5% d’inflation et que la baguette de pain vaut 1,05€ au bout d’un an, les 101€ que je dois rembourser ne valent plus que 96,2 baguettes de pain.

A ce titre, on peut dire que l’État français profite de l’inflation puisque seule une petite partie de la dette publique est indexée sur l’inflation.

Symétriquement, les créanciers, et notamment les détenteurs de titres de dette dont les taux d’intérêts sont fixes perdent du fait de l’inflation.

Si le patrimoine est détenu sous forme d’immobilier ou d’actions, le profit ou la perte liée à l’inflation dépendra plus spécifiquement de l’évolution des prix de l’immobilier et du prix des actions. Si le prix des actions augmente plus vite que l’inflation, le patrimoine continuera de prendre de la valeur en termes réels. Il serait donc abusif de dire l’inflation bénéficie aux endettés et fait fondre les patrimoines. Cela dépend essentiellement de la forme du patrimoine.

Dans les faits ce sont surtout les petits épargnants qui ont l’intégralité de leur épargne placée de manière sécurisée, avec un rendement fixe (obligations, livret A [3], etc.) et qui sont donc victimes de l’inflation.

Pour les ménages, le fait de profiter ou non de l’inflation dépend de la situation patrimoniale. La question essentielle sur ce point est de savoir si le ménage est locataire/propriétaire ou bien petit propriétaire accédant avec un emprunt à taux fixe.

L’ennemi c’est la stagnation des salaires, pas l’inflation

Plus généralement, c’est l’évolution des revenus par rapport à l’inflation ce qui va faire que le ménage est perdant ou non. Si les revenus sont indexés à l’inflation, alors le ménage ne perd rien [4].

On a vu que les prix dépendaient largement du conflit de répartition entre détenteur du capital et travailleur-euses. Le problème est bien que les entreprises cherchent par tous les moyens à augmenter leur taux de marge. L’enjeu est donc double :

  •  Dans l’entreprise, contester le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail
  •  Au niveau macroéconomique, l’inflation peut être le signe d’un accroissement de la part des salaires dans cette même valeur ajoutée ; ce n’est donc pas l’ennemi du salariat.

L’enjeu majeur est donc la stagnation des salaires plus que l’évolution des prix.
L’autre élément important, en lien avec l’actualité, est la politique industrielle. Il ne fait pas de doute que les tensions sur les prix sont le résultat d’une grande dépendance aux importations et plus généralement à tout un ensemble de composants. La question de l’inflation est donc aussi un enjeu de désindustrialisation.

Nous avons donc vu que l’inflation pouvait avoir des origines bien différentes et qu’il n’est pas possible de donner une règle stricte pour savoir qui profite ou non de l’inflation. Cela dépend surtout de l’indexation des revenus par rapport à l’inflation, cette question sera l’objet de la fiche suivante.

[2Voir fiche sur la perte de pouvoir d’achat de la monnaie.

[3Le calcul du taux d’intérêt du Livret A a été modifié en 2018. Désormais, la prise en compte de l’inflation est très partielle. Le taux du Livret A se retrouve donc souvent bien en dessous de l’inflation.

[4En principe, le ménage ne perd pas de pouvoir d’achat, cependant l’Indice utilisé pour les indexations n’est pas un indicateur du coût de la vie. La fiche suivante portera spécifiquement sur ce point ainsi que les mécanismes d’indexation existants















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