mercredi 10 décembre 2025

HOMMAGE JEAN RIGOLLET, PRISE DE PAROLE 19 AOUT 2025

mardi 19 août 2025

Nous sommes réunis ici pour commémorer la mort de Jean RIGOLLET, jeune manifestant de 24 ans, maçon originaire de Saint-Lumine-de-Coutais, assassiné par la police le 19 août 1955.

Cet été là de grandes grèves ont lieu dans les secteurs de la métallurgie et du bâtiment. Elles vont s’étaler sur plusieurs mois et s’achever début octobre.

Le 18 août 1955, le patronat avait lancé des lock out, ne voulant pas appliquer un premier accord obtenu par les grévistes le 17 août après l’envahissement de la chambre patronale.

Des manifestions sont alors lancées par les grévistes, plusieurs militants sont arrêtés.

Le 19 août les grévistes vont manifester devant la Préfecture pour exiger la libération de leurs camarades puis devant la maison d’arrêt, dans laquelle ils essaient de pénétrer.

En fin de journée vers 19H30 les manifestants sont au niveau du cours des 50 Otages.

C’est à ce moment là qu’un CRS tire et que Jean RIGOLLET est mortellement blessé.

Une photographe de la Vie Ouvrière est présente, qui prend la photo du corps.

La police s’en est aperçu et cherche à s’emparer de la journaliste.

Des militants CGT s’organisent pour exfiltrer la journaliste, poursuivie par la police.

Elle est mise à l’abri à la Poste, où la photo peut être transférée au journal.

C’est ainsi que paraît le numéro 573 du journal de la CGT, titré « Pour eux, la vie d’un ouvrier maçon vaut moins qu’un billet de banque. », illustrée par la photo de Jean RIGOLLET prise juste après sa mort
50 000 personnes assisteront aux obsèques de Jean RIGOLLET le 23 août.

Le 21 août, après l’intervention du maire de Nantes et du Préfet de Rennes, un procès verbal est signé, le patronat lève les block-out tandis que les 210 ouvriers qui avaient été arrêtés sont libérés.

A l’issue du conflit, qui va durer encore quelques semaines, les ouvriers obtinrent entre 22 et 25% d’augmentations de salaires, plus des avantages conventionnels.

Plus tard l’État sera condamné à indemniser la famille de Jean RIGOLLET.

Le 23 août, jour des obsèques de Jean RIGOLLET, des hommages sont venus de la France entière.

A la suite de cet assassinat d’un manifestant par la police l’usage se met en place à Nantes de non-déclaration préalable des manifestations.

Cet épisode de grandes grèves et de féroce répression du pouvoir sur les manifestants, en appui d’une résistance patronale aux revendications formulées par les ouvriers, résonne aujourd’hui, alors que depuis plusieurs années continue de sévir une forte répression des mouvements sociaux par le pouvoir.

Depuis des années, si la police, instrumentalisée par l’État au service de la bourgeoisie, ne tue pas elle mutile, au moyen des outils comme le flash ball ou la grenade.

De nombreux manifestants ont été blessés dans leur chair : œil crevé, main arrachée, testicule mutilée, pied brisé, rate explosée.

Il y a quelques années, au nord de Nantes, des jeunes femmes ont du subir des fouilles injustifiées jusque dans leur intimité.

En 2019, au quai Wilson, à la fin de la fête de la musique, des policiers lançaient en pleine nuit une charge injustifiée sur des jeunes fêtards, en bord de Loire. Cette action s’est finie par la noyade de Steve Maia Caniço.

Aujourd’hui, le gouvernement illégitime de François Bayrou, sous la présidence du banquier d’affaires Emmanuel Macron, s’apprête à engager une grande offensive contre le monde du travail, en s’attaquant encore une fois au temps de travail, par la suppression de jours fériés et la monétisation de la 5ème semaine de congés payés.

Il veut encore s’en prendre aux privés d’emploi, par une énième réforme de l’assurance chômage.

Il veut surtout attaquer l’un des grands acquis de l’après-guerre, par l’application du programme du CNR : la Sécurité Sociale, dont nous célébrons cette année les 80 ans.

Celle-ci a été fragilisée depuis plusieurs années par les exonérations de cotisations sociales, cet assistanat du patronat, comprenant un cumul d’aides publiques de plus de 200 milliards d’euros par an, comme l’a révélé récemment un rapport du sénateur Fabien GAY.

Aujourd’hui, pour servir toujours plus les intérêts de la classe dominante qui a mis Macron et Bayrou au pouvoir, le Gouvernement veut faire passer les travailleurs à la caisse : gel des prestations, suppression de l’abattement des 10% pour les retraités, augmentation des franchises médicales, déremboursements des médicaments, encadrement des arrêts maladie.

Tous les prétendus efforts pour résorber une dette créée par l’état capitaliste sont demandés aux travailleurs, et pas à Bernard Arnault. C’est probablement que celui-ci ne crée rien.

Ces dernières années, plutôt que d’acheter des Canadairs pour éteindre les incendies, le Gouvernement a préféré acheter des Centaures pour mater les révoltes, Centaures qu’il a fait défiler sur les Champs Elysée le 14 juillet dernier, jour de la prise de la Bastille. Étrange célébration du début de la Révolution.

A partir de la rentrée le monde du travail, gravement attaqué par ce Gouvernement au service de sa classe, devra entrer en lutte.

Et l’on sait déjà que la réponse du Gouvernement, qui au lieu de servir les intérêts de la population sert les intérêts du capital, consistera probablement dans la répression dure du mouvement social, plutôt que de l’écouter.

L’exemple de 1955 résonne aujourd’hui : des grèves massives, qui ont permis des avancées pour les travailleurs.

En ce triste jour de la célébration de la mort de Jean RIGOLLET n’oublions pas ce message des travailleurs des décennies précédentes : face à la classe des capitalistes, qui sait au besoin utiliser la guerre ou le fascisme, voire les deux ensemble, pour maintenir son pouvoir sur la classe des travailleurs quand l’illusion de la démocratie ne fonctionne plus, seule la lutte massive du monde du travail uni permet de gagner.

Cette lutte des travailleurs devrait débuter bientôt.














Accueil du site |  Site réalisé par la Cgt et propulsé par SPIP.